J’ai trop tardé à écrire cette chronique. S’y déploieront
les méandres des routes sous le couvert de feuilles en feu, un peu de spleen,
d’interstice et beaucoup d’amitié.
Avec des photos entre chiennes et louve
Road trip
Ça commence comme ça. Dans la vulvo, la nervosité encore
dans le ventre et, jusqu’à récemment, les bras tendus, le cou appesanti. Vous
raconter la fois où le raod trip a
été décalé d’une journée, afin de varier la compile de musique – car je ne suis
toujours pas lassée de la vieille compile d’Olivier – ce qui a été compliqué,
m’a mis de mauvaise humeur et où j’ai fini mon samedi « je reste
finalement à d’Hull, je n’aurai pas froid et je pourrai un peu lire » à
passer la tondeuse, non sans être d’abord retourné au Canadian Tire pour
découvrir qu’on vendait des fils exprès pour les tondeuses électriques. Bon,
bref, mon séjour pour St-Émélie a été retardé d’une journée. Le lendemain, le road trip n’en a été que meilleur. Mais
un peu avant, toujours à propos de ce samedi qui se termine en queue de
tondeuse, j’ai de nouveaux exploré quelques rues de mon quartier, de l’autre
côté de Des Allumetières. C’est intéressant d’explorer ces anciens quartiers
ouvriers. Avec Julie, nous avons décrété que d’Hull a un air western. Il faut
souligner la présence des maisons à rallonges, assez laides dans leur
dysharmonie. À la recherche d’autres choses, je parcours donc les alentours à
vélo. Mais c’est toujours pour aller dans un magasin.
Bien sûr, la honte m’empêche d’évoquer cette exploration de
ma nouvelle ville par le biais d’autant de 10/30 outaouais.
Je reviens au début. Le spleen. Il s’est abattu avec la
fatigue et la fin de l’installation. En manque de vous et avec vos trop plein
de silences. Le temps long de s’installer dans la nouvelle vie. S’y ajoute la
dose de chicane que je m’inflige.
Le spleen, ne vient-il pas de cette laideur, autour? D’habiter une maison lumineuse dont les fenêtres n’ouvrent sur rien, sinon la laideur.
Prendre la route, par beau temps, par les nationales de l’Ontario
et de Lanaudière, au faîte des couleurs d’automne, apaise le spleen.
La première destination.
Peterborough. Ville reconnue pour l’architecture de son campus universitaire.
J’allais loger dans la guest suite du
campus des postgrad. Le prétexte pour
se faire un trip. La route, perdue, sinueuse et moi contente d’explorer
l’Ontario que je connais à peine. Plus anglo, mais quand même western aussi. Deux
jours pleins de discussions sur les luttes des précaires de l’enseignement
supérieur. L’envie de reprendre un projet photos sur ces lieux de passage.
L’énorme suite super aménagée, juste
pour moi.
Guest Suite de Peterborough.
Projet photos sur ces lieux de passage
L’occasion de se chicaner de ne pas sortir en ville le
samedi soir. M’enfin, les excuses sont faciles lorsque la fatigue vous assomme.
La deuxième destination : Ste-Émélie pour le début de
ma semaine de relâche et la canicule des beaux jours. Un trop bref séjour,
comme toujours, et des amitiés en partage, plusieurs qui se consolident.
J’ai maintenant un nouveau coloc tiers temps. C’est une
belle présence.
Interstice
Certain.es ne savent pas, ignorent les interstices ou qu’ils
me fascinent. Pas Julie qui avait deviné que je l’avais recherché quelques
jours avant leur premier séjour (elle vient avec Julien et Colin, que je vois
s’éveiller au monde). J’avais donc exploré l’interstice, facile à deviner, au
bout de l’autre rue, là-bas en face, attirant comme une entrée d’interstice. Il
était au final assez petit, mais répondant néanmoins à l’esprit et la
géographie des lieux. Il ouvrait sur des voies de traverse, ce qui est déjà une
victoire sur l’ordre urbain.
En passant, soyez curieux.ses du mémoire de Julie qui croise
la route de femmes autochtones, un projet fascinant.
Le séjour de l’ami R. a permis une plus loooogue exploration
de l’interstice, lequel s’est révélé beaucoup plus prometteur qu’à ses abords.
Il paraît bien balisé mais il est simplement extraordinaire. Il faudra y
retourner en journée, y faire des trucs.
Ce fut fait avec l’ami Lo et
Kaïna.
L’amitié
Julie, Julien et Colin ont ouvert le bal des séjours à
d’Hull. Votre forfait vous attend. N’oubliez pas qu’il est chaque fois
singulier, adapté à notre propre relation.
Le baisodrôme a été ouvert.
Des coups de fil ont été donnés. Moi qui me trouve si
distendue dans les communications, je dois avouer que mes appels les plus
réguliers ont été lancés en direction de mon ancien syndicat de chargé.es de
cours. Je dois l’admettre, c’est difficile de décrocher. Et puis je continue à
dire « nous », pour les chargé.es de cours, et « eux » pour
les profs.
Bref, les coups de fil me font toujours plaisir.
Il y a donc les amitiés d’Hulloises, anciennes ou plus
récentes, celles de Montréal, d’ailleurs et d’outre Atlantique. Elles sont
précieuses.
Adhérez au forfait d’Hull (2) jours d’amitié personnalisée.
Prenons le forfait Delvaux : cueillette au marché By,
puis le temps s’égraine en cherchant le soleil autour de la maison, le prétexte
pour finir de planter les bulbes de tulipes. C’est l’heure de l’apéro :
première virée au dépanneur, avec un air de quartier pis de ptites bières. Mais
il est en rade de tabac Drum. Sirotant nos bières, le temps continue de
s’écouler, on finit de monter les kits Ikéa, puis on se fait des super
hotchicken : conflit existentiel, chauffer ou non les petits pois ? (2e
virée au dépanneur préféré )J’apprends à la fin de la préparation que l’invité
n’a jamais mangé de hotchicken à la maison.
On se fait ensuite la virée à l’interstice. On explore alors
un potentiel d’interstice incroyable aux chemins pourtant bien battus, y
revenir pour visiter une école à l’abandon.

On aboutit sur la route réservée aux autobus, on enjambe un
muret, un nouveau chemin s’offre à nous, nous voilà chez les riches. Sur les
rives de l’Outaouais, on se pose sur les pierres, à côté des loups, les pieds
presque dans la rivière, avec ses airs de fleuve et ses lumières électriques.
Le désir n’est pas bien loin. La nuit est bonne.
Samedi matin, on passe l’avant-midi à se dorer au soleil.
Dîner aux restants d’huîtres. On bosse un peu tout l’après-midi, puis on se
refait une tournée de dépanneurs sur la rue Eddy du vieux d’Hull en quête de
Drum doux, non sans avoir d’abord échangé deux mois de canettes de glutenberg
contre un 4pack de glutenberg. C’est l’occasion pour l’ami de tchatcher en
portugais dans un dépanneur latino. À 17h, on a rendez-vous avec Louise pour un
souper au bénéfice des réfugiés syriens, dans une salle communautaire. Ça nous
change de la routine, c’est le moins qu’on puisse dire ! sous les néons, on
participe à l’allègement de nos portemonnaies en échange de nombreuses
bénédictions. Le tout est assez pénible, le nouveau député libéral nous fait
même l’honneur de son sourire de gars qui flotte sur un nuage. Bon, ça suffit,
heureusement que ça finissait tôt. On ramène Manu et Louise à la maison pour
une énième discussion politique autour d’une tisane de pruche, bonne contre les
angoisses. On finit la soirée longuement après avoir éclusé le vin et la bière,
pis le rhum et le petit alcool de framboises pour Louise.
Dimanche, c’est rebelote le café clopes au soleil.
Réservez votre forfait personnalisé, plusieurs surprises
vous attendent. Parlez-en à Sam Mandeville qui a inscrit à son panthéon de
tournée son séjour à d’Hull : hébergées dans une suite du Hilton, à deux
pas de la rivière et du Ptit Chicago, une salle à
l’ambiance bon enfant, un dj hyper collaborateur qui nous lance sur la piste de
danse, le soleil de nouveau et le régal d’un dîner végan.
Quant à S., il a eut droit au forfait plus domestique,
comprenant un souper au célèbre restaurant Soif où, de fait, le vin vaut le
détour, ainsi qu’une soirée d’Halloween en clin d’œil à l’enfance des
banlieues, les coups de sonnette à l’avenant.
Chacun aura trouvé l’occasion de rencontrer son animal totem
du moment, non sans surprises et bonheur.
Marie Pierre
16 rue
Georges-Walker
Gatineau